Tombe Le Mur & Nouveau Ciel Azur

Le 21 juillet 1990, 8 mois après la chute du mur de Berlin, Roger Waters voit l'occasion d'organiser une production pharaonique de The Wall, sur la Potsdamer Platz. Devant plus de 300 000 personnes, Waters s'entoure de stars mondiales comme Bryan Adams, Joni Mitchell, Van Morrison, Cindy Lauper, Sinead O'Connor, Paul Carrack, Marianne Faithfull, Thomas Dolby, les acteurs Tim Curry et Albert Finney, l'actrice Jerry Hall,  et les superstars locales, Ute Lemper et Scorpions.  

Cette même année, David Gilmour et Virginia "Ginger" Hasenbein se divorcent après 15 ans de mariage. Ensemble, ils ont eu 4 enfants, Alice, Claire, Sara et Matthew.

Cet été là, je rejoins en avion mes deux amis qui travaillent à Edmonton, en juillet, et on descend ensemble deux semaines en voiture sur la côte Ouest des États-Unis, du temps que c'était fréquentable. On écoutera le spectacle de Waters dans la nuit à la radio, du sous-sol d'Edmonton qui héberge mes deux amis. Soirée fantastiquement arrosée sur du maudit bon contenu audio. Les passages avec Bryan Adams restent encore immortels pour mes oreilles de 54 ans. J'en avais alors, 18. (vers 2:53 !). 

Le concert caritatif géant, diffusé partout dans le monde en même temps, est une revanche éclatante pour Roger Waters. Il prouve au monde entier que l'esprit et le concept de l'un des oeuvres les plus célèbres du band, lui appartient exclusivement, sans l'aide des 3 autres Floyd. Porté par le succès du spectacle, l'album est enregistré et lancé sur le marché, un mois plus tard. Porté par cette visibilité planétaire, il veut capitaliser sur cet élan. Il fait un passage remarqué au festival Guitar Legends de Séville, en Espagne, accompagné de Jeff Beck. Avec lui, il joue pour la première fois un morceau qu'il travaille pour un effort prochain. Ce concert sera son dernier passage sur scène pour les 8 années qui suivront. Waters s'enferme ensuite en studio pour y travailler son 3e album solo. Un album concept (bien entendu) d'une ambition démesurée, articulé autour de la Guerre du Golfe et de la critique des médias de masse. (bien sur). Waters y décrira une humanité hypnotisée par la télévision, au point d'y regarder sa propre fin, sans le réaliser, ou avec passivité

Patrick Leonard fait les arrangements, Jeff Beck est à la guitare, et bien qu'au niveau musical, on parle de son meilleur album, c'est un pur échec commercial. Et le seul de ses albums que j'achèterai en CD, car le seul, en solo, lancé alors, en CD d'abord. Blessé et amer de cet abandon du public, il ne voudra pas faire de tournée. Il se retire temporairement de la vie publique et commence l'écriture d'un opéra.

Pendant que Waters se penche sur la noirceur du monde en tombant dans le marasme lui-même, le trio Gilmour/Mason/Wright gère l'héritage de Pink Floyd. Tout en préparant la suite. En 1991, le groupe est techniquement en pause après la tournée pharaonique de A Momentary Lapse of Reason. Pour maintenir l'intérêt des fans, et répliquer médiatiquement au concert de Roger, le groupe publie, en novembre 1992, un somptueux coffret retrospectif de 9 CD regroupant leurs meilleurs albums prouvant que la marque Pink Floyd reste extrêmement lucrative. Même sans son ancien parolier, concepteur, principal moteur créatif.  

L'année 1993 marque le véritable retour aux affaires créatives. Dès janvier, David Gilmour invite Nick & Rick dans son bateau studio sur son Astoria, et aux studios de Britannia Row et on travaille à 3, dès le départ, ce qui sera le prochain album. D'abord à coups d'improvisations

La cohésion est vite retrouvée. Wright redevient compositeur clé. On enregistre des heures de musique comme un vieux couple qui se retrouve a besoin d'innombrables sessions au lit pour reconnecter comme avant. On appelle les sessions The Big Spliff. Beaucoup du matériel sera conservé jusqu'en 2014. En septembre 1993, le groupe fait une apparition scénique unique et caritative au profit du King's Colllege à Cowdray Ruins y jouant quelques titres avec Eric Clapton, Mike Rutherford et Phil Collins de Genesis et Rogert Taylor de Queen, devant un public restreint, dont quelques nouveaux morceaux. C'est le signal que la machine de guerre Pink Floyd est prête à se relancer pour conquérir l'année 1994. 

À cette époque, j'ai rencontré la Femme de ma vie. En octobre 1992. Je suis ailleurs musicalement aussi. J'ai découvert ou le ferai bientôt PJ Harvey, Nick Cave & The Bad Seeds, Radiohead, The Cranberries, je suis toujours Bowie, U2, R.E.M., Depeche Mode, The Cure, Cocteau Twins, Morrissey. Pink Floyd, c'est maintenant mentalement du passé. Waters m'a déçu avec Amused to Death. Je ne suivrai plus ni Waters, ni Pink Floyd. Avant 21 ans encore.   

Waters, sur cette période, 1990-1993, propose le concert de Berlin, et un album concept politisé, fait preuve de cynisme, de critique politique acerbe, accentuant le focus sur les paroles. Fait du concert géant avant de se retirer totalement. Et du dictat créatif en collaboration avec des mercenaires de luxe. 

Pink Floyd lance un coffret et fait des sessions sur Astoria, choisit la nostalgie, la communication humaine, concentré sur l'ambiance sonore, offre un concert de charité et ouvre les portes d'une démocratie tripartite. 

Sans Division.

Pour de différents sons de cloches

Et de moins en moins, on se tire des roches. 

Sans pour autant, rester de Waters, plus proche.     

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