Sapristi Zabriskie !

Michelangelo Antonioni présente son chef d'oeuvre Blow Up en 1966, aux États-Unis. Lors de sa visite, l'Italien est frappé par un article de journal racontant l'histoire d'un jeune homme ayant volé un avion, se faisant tuer par la police au moment où il avait atterri pour ramener l'avion et se rendre. Alors qu'il vient de présenter un projet à 50% travaillé avec le Royaume-Uni, les États-Unis lui promettent un budget pour un film un jour, en sol Étatsunien, à une époque plus fréquentable que maintenant, entièrement financé par un studio des États-Unis. 

Si tout le monde à l'écran sera d'Amérique du Nord, son équipe de travail restera assez italienne. Il engage Sam Sheppard, des États-Unis qui lui, travaillera aussi avec Fred Gardner, pour scénariser son envie de tourner l'aliénation contre culturelle de la fin des années 60, au pays de l'Oncle Sam. Il terminait même son film, à l'origine avec un avion passant dans le ciel où une banderole derrière disait ce qu'on crie de nos jours de partout dans le monde: "FUCK YOU USA!". Mais le studio, Étatsunien, a bien entendu, refusé qu'on tourne la scène. Antonioni, pour se rassurer, car les États-Unis le dégoûte un peu, engage aussi son complice de toujours au scénario Tonino Guerra, et la Britannique Clare Peploe, toujours pour le scénario. Peploe qui deviendra l'épouse du collègue italien réalisateur Bernardo Bertolucci, en 1978. 

Et comme il vient de travailler en Angleterre, mais se trouve aux États-Unis, il choisit pour sa trame sonore un croisement des deux. Il passe de commandes musicale à Kaleidoscope et aux Grateful Dead, groupes de L.A.. Il demande aussi à Jim Morrison des Doors, groupe qui leur écrit  L'America que Michelangelo refuse. Patti Page, Roscoe Holcomb, du Kentucky et The Youngbloods, de New York sont aussi musicalement au film. John Fahey aussi. Mais Michelangelo veut du Pink Floyd, d'Angleterre. Il a aimé ce qu'il a entendu d'eux sur disque, les associe à la contreculture du moment, croit en eux. 

Pour Pink Floyd, après avoir composé dans ses corridors créatifs et intégré les autres ensuite, on considère que l'expérience était un échec. On travaillera ensemble. Et beaucoup. En Novembre 1969, on arrive à Rome pour quelques jours d'enregistrements pour de la musique pour ce film. On pense alors faire la musique de tout le film comme avec Barbet Shroeder (peut-être était-ce le projet d'origine) alors on produit beaucoup. Quelques 4 heures de musique. On expérimente avec plusieurs nouvelles techniques d'enregistrements. Antonioni est très difficile à plaire. Il rejette le morceau de Rick Wright pour la séquence de violence étudiante, la considérant trop douce. Il a raison. Gilmour parle de morceaux country que les gars ont travaillé en pensant USA. Refusés aussi. On leur préférera un extrait de Dark Star des Grateful Dead. On gardera quand même trois morceaux de leur 4 heures, au montage final. Dont un réenregistrement de Be Careful With That Axe Eugene pour la scène finale, retitrée et retravaillée

De l'Angleterre, le film utilise aussi la musique des Rolling Stones

Après avoir été associés aux Beatles qui choisissent bientôt de se séparer, les voilà sur le même menu que les Rolling Stones. C'est pas méchant comme association mentale. On pense inconsciemment Pink Floyd meilleurs qu'ils le sont encore. Ils auront 3 morceaux sur l'album final. Début, milieu, fin. Même si c'est le grand Roy qui clôt.

La pression de livrer rapidement, d'auditionner nos morceaux avec la possibilité de se faire dire non, est à la fois un exercice d'humilité, mais aussi, reste un peu frustrante. Ce qui devait durer une semaine ou deux dure un peu plus d'un mois. À Rome, on ne peut qu'enregistrer sur des formats 4 pistes. Ça oblige le band a se raffiner dans ses trouvailles sonores et à user d'originalité. À être plus atmosphériques. Plus tendu aussi, parfois. On trainera des choses trouvées ici sur d'autres albums. Du matériel retravaillé.

L'expérience fait mal, mais apprend aux gars à s'auto-critiquer, et à moins improviser. 

À travailler vraiment ensemble. 

L'adverbe, ensemble, sera magique encore 6-7 ans pour Pink Floyd. On entre, sans le savoir encore, dans une période merveilleuse avec les années 70 qui se pointent. Leur meilleure selon moi.   

On fabriquera ensemble de la structure musicale pour que ça dure. Atemporel tout en parlant de son époque. On sent qu'on est dans une marmite de projets qui bouillent.

On est l'amorce d'une série d'albums qui seront 6 de leurs 7 meilleurs albums. Toujours selon moi.          

Le groupe s'est soudé. Le film est considéré comme une catastrophe dans la carrière d'Antonioni et n'a pas trouvé son public quand il est lancé en février 1970.

Mais Pink Floyd, eux, se sont trouvés. Ne serais-ce que momentanément. 

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