L'Ultime Déchirure

En 1979, le gérant Steve O'Rourke et le batteur Nick Mason, tous deux passionnés de voitures, font leurs débuts professionnels sur des circuits de course. Ils font rien de moins que le 24H du Mans

Mason conduira une Lola T297-Ford Cosworth  aux couleurs de The Wall pour l'équipe de Dorsett Racing Associates, terminera 18e et une honorable seconde place dans sa catégorie. O'Rourke, conduira une Ferrari 512 BB (photo ici), commanditée par sa propre compagnie, EMKA productions, terminera au 12e rang. Ils feront souvent le 24H du Mans dans les années qui suivront, David Gilmour, se joignant à O'Rourke, en 1991. Pour le faire aussi, au Carrera Panamerica

On course en plein milieu de la création de The Wall. Ce qui offre un répit à tous. mais créé aussi de la distance entre les membres. Ce temps permettra à Waters de tâter le terrain pour son projet triple média: Disque/spectacles/film. Après avoir considéré faire signer le scénario du film par l'auteur Roald Dahl, on se ravise, mais c'est quand même chez lui qu'on fignolera l'histoire du film à venir, Waters avec le caricaturiste Gerald Scarfe. Avec lequel il s'entend à merveille. Ce qui n'est pas toujours facile avec Roger. On pense à Ridley Scott pour la réalisation, fort de son récent succès avec Alien. Mais justement, il a connu tant de succès, il réclamera probablement une fortune. On lui préférera finalement Alan Parker, réalisateur britannique de deux films qu'ils ont beaucoup aimés, récents. Ces deux derniers. Parker est lui-même fan de Pink Floyd. 

Pink Floyd fait une tournée, début 1980, et Rick Wright, discrètement limogé, est salarié musicien accompagnateur. Il ne participe pas aux réunions du groupe, loge dans un hôtel différent, Ça reste fascinant que l'album double parle d'isolement et des murs psychologiques, créant un réel creux entre membres originaux. Gilmour et Mason restent amers d'être pris en otage par Waters qui menaçait alors de tout laisser tomber son projet de The Wall si Wright n'était pas exclu de la gang. Comme Mason et Gilmour n'ont guère plus de matériel à offrir, ils sont forcés d'accepter la décision, sont-ils satisfaits de la situation ? Pas vraiment. La déchirure est intense. Mégalomane, Waters voit trop grand dans les décors de la tournée, tournée qui vend pourtant bien, mais ne fait pas d'argent recouvrant les frais initiaux. Gilmour Mason et Waters doivent payer les frais de productions manquant à la fin. Mais Rick Wright, payé pour chaque soir où il est musicien sur scène, fait beaucoup d'argent. Amusant, non ? Il n'est pas si fâché, "limogé". 

Avec Parker, on réussit à convaincre la MGM, à Hollywood, d'investir, et Parker, Waters et Scarfe retravaillent le film. Des chicanes intenses surviendront. Waters, peu partageur, finit par abandonner son idée de scènes du groupe en spectacle, insérées ici et là. Parker réussit surtout à noyer son idée ferme que Waters joue lui-même le personnage principal. Vous êtes un groupe! est son argument. Et Waters n'est pas habile comédien. Parker lui suggère le chanteur Irlandais des Boomtown Rats, Bon Geldof dont il a aimé la gueule dans un clip qu'il vient de voir à la télé. Waters est dur à convaincre, mais pliera. Christine Hargreaves, James Laurenson, Bob Hoskins, Jenny Wright seront respectivement, mère, père, gérant de Pink, et jeune groupie intérressée à l'intimité du personnage principal. Et à son psyché. Qui finira par la terroriser.

Bob Geldof ne veut d'abord pas jouer Pink car il n'aime pas la musique de Pink Floyd. Mais son agent, dans un taxi, insiste pour qu'il lise au moins le scénario. Aidé par le chauffeur du taxi qui lui vante ce qu'il lit, Geldof sera convaincu. Le chauffeur de ce taxi était nulle autre que le frère de Roger Waters...

En septembre 1981, on commence le tournage. Gerald Scarfe concevra quelques 10 000 illustrations en couleurs pour les 15 minutes d'animation qui finiront dans le film. 61 jours de tournage, 60 heures de tournées. 8 mois de montage. 

Le 22 mai 1982, à Cannes, le film est présenté en première. En France, on lance le film le jour national de cet été là. Puis en Amérique du Nord, début août.  On a supprimé deux chansons, réenregistré/mixé plusieurs autres, et on en ajouté d'autres non conservés des sessions d'enregistrements de 1978-1979. 

Cet univers cauchemardesque est aussi très aérien. Adolescent, mon tout premier contact avec ce band sera ce film. Pas à 10 ans, en 1982, mais autour de 14-15 ans. Après consommation de hashish, ou de Marie-Jeanne, c'est un formidable voyage. Qu'on fera souvent, en secondaire II et III.  

Àge des rapprochements de toutes sortes. Ironiquement. Alors que les thèmes du film et des disques, parlent principalement d'isolement. On réagit par le contraire. On se rassemble autour du film. Qu'on écoute jamais à jeun. Ou presque.

Waters ne sera pas satisfait du film, SON film, qu'il ne reconnait plus. Parker et lui ne retravailleront plus jamais ensemble. 

David et Nick, loin derrière, sont ils encore dans le band ou simplement soutien à l'égo de Roger ? 

On s'apprête à travailler un album de Roger Waters, interprété par Pink Floyd.

David et Nick ne se trouvent plus tellement créateurs non plus. On doit encore un disque à la maison de disque et The Wall vend merveilleusement bien. Pas aussi bien que The Dark Side of the Moon, mais est le meilleur vendeur depuis Wish You Were Here. The Wall battra Wish avec le temps. De 30 à 33 millions de ventes internationales. Wish: 20 millions. Dark Side :45 millions. 

L'argent les déchire.

De partout. En trio, est-on encore un groupe ?

Inspiré de la Guerre des Malouines, dans laquelle les Britanniques seront impliqués. Roger Waters, seul encore, a une idée, Spare Bricks

Briques de rechange. Un manifeste pacifique anti-guerre.  

David & Nick sont forcés d'accepter la décision. Ce climat de tension extrême n'empêchera pas The Wall de devenir l'un des albums les plus vendus de l'histoire de la musique et un film culte. Pourtant le message de l'oeuvre-l'aliénation et la difficulté de communiquer- s'était matérialisé au sein même de Pink Floyd. Ce qui devait être un projet rassembleur et multimédia marquera finalement le début d'un long divorce créatif, transformant le groupe en une entité éclatée où la musique n'était plus qu'un écho de leurs murs intérieurs.  

La déchirure est pratiquement ultime quand le silence devient leur seul hymne.

Mais l'oeuvre reste sublime.

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