Le David Gilmour Band

Possessif est Roger Waters. 

1985 est un véritable séisme, marquant officiellement la fin de leur époque dite "classique".

C'est l'année où Roger Waters quitte professionnellement la formation Pink Floyd qu'il avait co-fondé. 

Et celui qui déclenchera un bataille juridique sur l'utilisation du nom de Pink Floyd. Roger travaille la trame sonore du film d'animation anti-guerre When The Wind Blows pas mal tout 1985. En décembre, il informe officiellement à la maison de disque EMI et à Columbia, qu'il quitte le groupe. Il décrit même alors le groupe comme une force créative collective épuisée. Il pense, avec un peu trop d'égo, que sans lui, Pink Floyd n'a plus raison d'exister. Il s'attend à ce que la formation soit dissoute. Sur papier, sa vision se tient un peu. Depuis Animals, il compose presque 90% du matériel enregistré. 

Mais il l'impose. Et vole bien des moments contre des tempéraments qui ne veulent que faire de la musique et s'amuser et qui, parfois, ont créé des passages musicaux contre lesquels ils ne veulent pas se battre. 

Une bataille, pourtant, se dessine.

Le 13 juillet 1985 a lieu le mythique concert pour Live Aid. David Gilmour sera l'unique membre du groupe, et pas sous le nom de Pink Floyd, à y jouer. Il sera guitariste sur scène avec Bryan Ferry. Pendant cette période, Gilmour se lie aussi d'amitié avec des collaborateurs futurs. Comme le claviériste Jon Carin. Roger a fait une petite tournée modeste pour mousser The Pros & Cons of Hitch Hicking. Richard Wright fait partie de l'éphémère duo Zee qui a lance un album en 1984. 

ilmour pense composer du matériel pour son 3e album solo, mais ne réalise pas tout de suite que Nick Mason, co-fondateur de Pink Floyd lui aussi  (contrairement à Gilmour) n'a aucune envie d'effacer le nom Pink Floyd. Il en fait toujours partie et n'a rien quitté. Il a des idées et les partage à David. Waters est avisé qu'on pense lancer du matériel sous le nom de Pink Floyd. N'a pas envie que ça survienne. Entame de manière immature des poursuites judiciaires. Il affirme que Pink Floyd est un "concept créatif" dont il est l'auteur principal, et que selon lui, utiliser le nom de Pink Floyd serait une tromperie envers les fans. 

Gilmour et Mason disent tous deux que le groupe est une entité collective et que Waters n'a pas le droit de "posséder" le nom de Pink Floyd. Ce nom n'appartient pas à une seule personne. 

En 1986, Gilmour et son épouse s'achètent un bateau nommé Astoria qui sera aussi studio. Avec Nick, aux petites heures du matin, on enregistre du matériel sur lequel Rick Wright, qu'on veut absolument réintégrer, composera de la musique. Pour des raisons contractuelles, Wright ne peut pas être réintégré à part entière encore. Il sera de tous les morceaux, mais comme musicien invité. Les photos de promotion oscilleront entre le trio, mais plus souvent le duo, afin de ne pas entrer dans une nouvelle guerre légale. 

Les tensions sont si fortes entre le clan Waters et le duo Gilmour/Mason qu'on ne se communique que par avocats interposés. David produit le premier album d'un band dans lequel il croit, qui contient un morceau magique. Encore aujourd'hui, je pourrais être ému aux larmes en entendant ce morceau. 

En 1985, j'ai 13 ans. J'ai découvert Pink Floyd par le film The Wall. Un ami à moi a un grand frère et non seulement il nous les fait découvrir, mais il nous fait découvrir le pot et le hashish aussi.  Puis, je savoure Pink Floyd par l'album double. Et rétropédale tout mon secondaire sur leur oeuvre découvrant cet extraordinaire formation musicale. Qui me fait voyager absolument sans frais. Ou presque. Parce que oui, dès 1987, j'achète ma première cassette de Pink Floyd, en temps réel. J'aurais aussi Wish You Were Here. Renouvelés en CD au début des années 90. Avec Atom Heart Mother, Meddle, The Dark Side of the Moon, Animals, The Wall et The Final Cut. (en cassette ce dernier, je ne sais trop pourquoi) Pink Floyd, c'est tout mon secondaire, mais comme Bowie ou Led Zep, qui seront aussi tout mon secondaire, ce que j'écoutes d'eux est majoritairement du passé. Rien entre 1983 et 1988. Enfin presque. Parce que tout 1987. J'aurai dans les oreilles ce que le David Gilmour Band prépare. On laisse même respirer tout le monde alors qu'Anthony Moore, co-écrit musicalement ce qui sera le premier single avec David, Bob Ezrin et Jon Carin, et co-écrit deux autres morceaux avec Gilmour. Ce dernier fait du Roger Waters sur un des morceaux de Moore, en chantant sa vision de la guerre

Waters perd sa cause. Le nom du band est enregistré par Barrett, Waters, Mason et Wright. Ce dernier est légalement divorcé du band depuis 1978. Barrett est dans un autre univers mental. Waters a aussi légalement quitté le band. Mais pas Mason. Pink Floyd peut rester Pink Floyd parce que Mason s'y trouve. Et le veut. 

Je connais Pink Floyd de leurs débuts à leur fin après avoir découvert The Wall. Il s'agit de trois bands. Celui de Syd Barrett, psychédélique. Celui de Roger, politicocréatif. Commence le David Gilmour Band. Car la majorité des compositions sont initiées par lui, et que la totalité y seront chantées par lui aussi. Donc toujours la même voix. 

Une première aussi.  

Gilmour et Mason, ainsi que Wright travaillent beaucoup ensemble. Tony Levin, ancien bassiste de King Crimson et alors bassiste de Peter Gabriel qui connait la meilleure année de sa vie commerciale, sera le bassiste de ce qu'ils travaillent. 

Phil Manzanera, ex-guitariste de la formation Roxy Music, formation dissoute depuis deux ans, travaille aussi avec David. Entre amateurs de guitares, on s'amuse. Il compose un morceau complet pour eux.     

La tentative de saborder Pink Floyd de la part de Roger Waters échoue, et un nouveau signe de vie se profile.

On apprend à voler des propres ailes. 

Différemment.

On rame dans de nouvelles eaux.

Et on a raison de le faire. 

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