Entre Animaux
Le capitalisme. En 1976, Pink Floyd voit son album d'il y a 3 ans toujours leur faire faire beaucoup d'argent, et quand on se lance en tournée, c'est toujours payant. C'est en tournée qu'on a tricoté ensemble Raving & Drooling et You've Got to be Crazy. Progressivement. De spectacles en spectacles.
Et progressivement, les deux chansons seront retitrées.The Dark Side of The Moon, toujours dans le palmarès des meilleures ventes en 1975, les rendaient si riches qu'ils auraient pu cesser de travailler jusqu'à la fin de leurs jours. Mais cette année là, le band achetait une église qu'ils allaient reconvertir en studio dans lequel ils entreraient en 1976. Pour y travailler ce 10e album, Animals.
Cet album, n'a jamais semblé plus pertinent de nos jours, en 2026, sous le régime fasciste Trump. Avec ce qui se passe tragiquement aux États-Unis. Mais à l'époque, c'était le Royaume-Uni qui était visé par Roger Waters. Le principal compositeur des 5 morceaux. Un seul sera co-crédité avec David Gilmour, nouvellemenent marié, guitariste qui venait d'avoir un fils, ce qui l'occupait grandement ailleurs. Nick Mason, le batteur, dira qu'il a préféré travailler sur cet album que sur Wish You Were Here. L'album tout juste avant. Même si son préféré reste Wish... Richard Wright, le claviériste, sera viré par Waters dans les sessions de l'album suivant. Mais les 4, sur cet album de 42 minutes, sont rien de moins que musicalement brillants. Et unis en sons.
Ce qui reste sourd et bruyant à la fois, c'est la guerre fratricide entre chaque membre.
Waters réalise que le band a toujours fonctionné, depuis Atom Heart Mother et même un peu avant, par concept. Un grand morceau, travaillé en équipe et quelques uns agraffés autour.
Mais cette fois les paroles font toujours échos. Waters s'inspire librement d'Orwell pour attaquer le capitalisme. Un monde de chiens mangeant d'autres chiens dans lequel nous sommes toujours plus profondément plongés. Inspiré du roman du formidable George Orwell, Animal Farm, Roger Waters a écrit un album concept traitant des chiens, des cochons et des moutons. Tranches tertiaires de la zone capitaliste. Jamais Orwell ne nous aura semblé aussi présent de nos jours même si décédé depuis plus de 75 ans. D'ailleurs, je ne crois pas que ce soit innocent d'avoir lancé ce 10e album le jour exact de la mort d'Orwell, 27 ans plus tard.
Explorons l'animalerie exposée et critiquée sur les 5 chansons par le band:
Ce sont les leaders de la société, qui ont gravi les échelons en mentant et en poignardant dans le dos, ne fonctionnant aucunement par humanité ni justice, mais par simple loyauté. Comme la Cour (du mal) Suprême des États-Unis. Dans les mots de Roger Waters, tu dois gagner la confiance de ceux à qui tu mens. Pour que quand ils vous tournerons le dos, il sera primordial d'y enfoncer votre poignard. C'est littéralement un monde de chiens bouffant du chien, c'est l'entourage de Dumbass Trump. Quand ils atteignent le sommet de la pyramide, ils sont complètement isolés. Et tirés par le bas par le système même qu'ils ont bâti. Comme les États-Unis le seront avec leur vision économique actuelle et géopolitique d'agresseurs prédateurs.
Voilà l'élite. Pas 100% au pouvoir mais dans le spectre, les riches autour du valet de pisse Trump, gardant la population dans la confusion et la division afin de mieux la contrôler. Waters visait précisément Mary Whinehouse, une représentante conservatrice britannique qu'il nomme dans les paroles. Mais les noms de Musk, Zuckerberg, Bezos, Thiel, viennent facilement à l'esprit par ici.
Finalement il y a les moutons. La classe moyenne et la classe ouvrière. Passive, naïve, ignorante et parfois fièr(e)s de l'être. Apeurée facilement et facile à manipuler. Pour la majorité de la chanson, de 10 minutes 20 secondes, les moutons feront ce que demandent les chiens et les cochons. Comme le courant se déplace quand on passe sa main dans l'eau. Sans questionner très sérieusement ce qui se déroule.
Mais à la fin de la chanson, les moutons choisissent de renverser les chiens et les cochons et de créer un nouvel ordre social. C'est un puissant crescendo que la musique amène sur un album tout simplement formidable.
Et forcément immortel puisque si cohérent encore maintenant. Mais pour la première fois, Richard Wright ne compose absolument rien. Du moins, c'est ce qu'il dit. Gilmour et Mason ne sont pas d'accord. On a travaillé 2 morceaux sur scène en en rajoutant à chaque spectacle, à 4. Mais Waters se créditera tout, à lui tout seul. Sauf un morceau qu'il se sent obligé de co-créditer à David.
La fin, comme dans le livre d'Orwell, n'est pas 100% optimiste, car elle pose la question, si ce nouvel ordre sera tellement mieux, et si il ne s'effondrera pas comme les ordres sociaux précédents.
Le capitalisme est présenté comme quelque chose de corrosif que vous soyez au sommet, dans l'entourage ou dans les rouages.
Même si ça soutiendra toute la vie des 4 membres de Pink Floyd.
Cet album, qui commence en posant la question se demandant si on se soucie d'autrui, est une critique brutale du capitalisme et un message d'espoir qu'une fois rassemblés, comme le monde entier le fait contre les États-Unis grossiers, les choses peuvent changer.
J'ai confiance que le géant Étatsunien va se tirer bien des balles dans le pied.
Parce que le reste du monde saura comment dompter les sous-éduqué(e)s. Les prédateurs. Les agresseurs de toutes sortes doivent payer le prix de leur arrogance.
J'ai vu Roger Waters l'année dernière ouvrir un spectacle avec une géante affiche TRUMP IS A PIG!. Et quand j'ai entendu d'une amie bibliothécaire aux États-Unis qu'elle avait été touchée par une jeune abonnée qui empruntait le livre Animal Farm pensant que ce serait bientôt banni. Elle l'a rassurée en lui disant qu'en Illinois (où elles sont) le gouverneur démocrate a fait interdire de bannir les livres intelligents comme celui d'Orwell.
Du moins, pour l'instant...
Le punk fait exploser 1977. Le disco venait tout juste de prendre un certain contrôle. Mais Pink Floyd reste Pink Floyd. Il sera #1 dans 7 pays du monde. Sans trahir ce qu'ils sont. Mais pas #1 à la maison, en Angleterre. #2 seulement. Et ils deviennent même la cible du mouvement punk quand les membres des Sex Pistols se présentent publiquement et sur scène avec leur t-shirt de Pink Floyd sur lequel il est écrit en gros "I Hate". Ce qu'ils défendront dans le futur comme une blague de personnages qu'ils devaient être:Contre tout.
En 1977, les 4 membres de Pink Floyd sont un peu comme ça. Tous un peu les uns contre les autres. Sans complètement se le dire. Wright est musicien de session. Mason aime ce qu'il fait mais ne comprend pas qu'il ne soit pas crédité comme auteur. Gilmour encore moins. Et David n'aime pas trop non plus qu'on crache encore dans la soupe. On est riche et connu. On fait ce qu'on veut en studio. Et on a les tournées à la demande. Où on fait encore plus d'argent dans des endroits tellement plus grands.
Des écarts se creusent.








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