Y a-t-il un Côté Sombre à la Lune ?

Quand Waters avait proposé d'enchainer tous les morceaux de The Dark Side of the Moon sans espace entre les chansons, il y avait eu une excitation commune. C'était comme si on avait un focus nouveau sur un seul morceau continu, qu'on retravaillerait sans cesse sur scène et en studio. On savait qu'on travaillait quelque chose de rare. D'unique. De différent. 

Pink Floyd reste expérimental. Le band inclut de la musique concrète et des conversations dans les morceaux. Dans le but précis de rendre plus réel des concepts abstraits, Roger Waters insiste pour inclure des conversations en préparant 10 à 15 cartes de questions sur lesquelles était écrit des choses simples comme, "Quelle couleur est ta préférée ? " à plus profond comme "As tu peur de mourir ?" puis plus abstrait comme "Que penses-tu du côté sombre de la lune ?".

Le portier des studios d'Abbey Road, Gerry Driscoll dira "I'm not afraid of dying, why sould I be ?" et la ligne finale en sourdine " There is no dark side of the moon really, as a matter of fact, it's all dark".Un travailleur des tournées de Pink Floyd, Chris Adamson est entendu dire "I've been mad for fucking years" sur la pièce d'ouverture et on entend son rire. Patricia Watts est la femme du gérant de tournée Peter, et ils sont les parents de l'actrice Naomi Watts. Patricia est la voix qui dit "I never said I was afraid of dying" sur The Great Gig In The Sky. Et à la fin de Money, on entend le guitariste des Wings de McCartney, Henry McCullough, dire "I don't know, I was really drunk at the time". 

Les Wings de Paul & Linda enregistrent dans le studio voisin l'album Red Rose Speedway. On les interview aussi. Mais on juge qu'ils essaient (surtout Paul) d'être trop drôles dans leurs réponses, et que les gens reconnaitraient la voix du Beatle. On juge que ce serait une distraction non souhaitée dans la vibe voulue sur l'album. On utilisera pas leurs réponses. 

Quand l'album est lancé le jour de la Saint-Patrick 1973, les superlatifs explosent. "Extraordinaire aventure artistique de Pink Floyd". "Voyage planant qu'on avait annoncé sur Atom Heart Mother". "Succès courronable".  "9 mois à Abbey Road, mais chaque minute en aura valu la peine". L'album ne sera étrangement jamais #1 en Angleterre. Nul n'est prophète en son pays. Le 31 mars, 16 jours après la sortie, on est #2. Mais dès la semaine suivante, #5 et plus jamais proche. Tandis qu'aux États-Unis, après avoir flirté avec les étoiles, on a atteint la lune. 

On devient historique. 

TDSOTM atteint le #1 des ventes dès le 17 mars, et restera dans le top 100 pendant plus de 950 semaines, soit, plus de 15 ans !!!! Seuls Thriller et Back in Black feront mieux. Il sera #1 au Canada et en Autriche longtemps aussi. Et # 2 en Allemagne Fédérale et en Norvège. On estime à plus de 50 millions de ventes de l'album. On a enfin un single qui ne fera pas mieux que la 10e position mais on s'en moque, les gens achètent le tout. Led Zeppelin est contre les singles et n'en lanceront jamais. Forçant l'achat de l'album au complet. Pink Floyd fait un peu de même. Mais ne lève pas le nez sur leur 10e position aux États-Unis. Pour la première fois, toutes les paroles sont inscrites à l'intérieur de la pochette. Pour la première fois de l'histoire de Pink Floyd, elles sont toutes de Roger Waters. Qui, inconsciemment, se donne pas mal tout le crédit du succès de l'album. À tort

Avec le temps son ego ne fera que gonfler. 

Le saxophoniste a été trouvé chez Stan Getz. Une choriste, chez James Brown. Une autre, chez Dusty Springfield. Sax & choristes, deux nouveautés pour Pink Floyd sur leurs disques. On a mis de l'écho pour réduire l'espace sur le "us", le "and them" puis sur le "with" mais pas sur le "without". Détail subtil et réussi. L'album sera admiré et respecté pour toutes ses subtilités techniques. 

Rien n'a préparé le band, ni le gérant, à un tel succès. Le vertige sévira. On fera des tournées dans des salles gigantesques, des stades,  pleins. Renégociant avec le son transmis différemment dans ces grands espaces. On sent qu'on créé une distance. L'album devient phénomène culturel, les attend t'on avec la même chose pour le prochain ? La maison de disque demande vite une "suite". Pink Floyd ne veut plus fonctionner avec des "commandes". The Dark Side of the Moon met en garde contre le temps qui file, l'argent qui corrompt, la pression sociale, la folie mentale, l'égo.

Ils sont littéralement en train de vivre ce qu'ils avaient dénoncés. Ça rend, la fin de 1973 et le début de 1974 très inconfortables Roger est le plus rongé par la chose. Son ego gonfle. Il sent vite que le succès est une machine déshumanisante. Il commence à voir le public avec une distance qu'il n'aime pas. Comme une masse anonyme et non comme de chaleureux fans. Gilmour n'a pas le tempérament de la célébrité, mais aime ce qu'on fait ensemble. Il est plus jeune que les autres. Il voit du bon encore bientôt. Rick Wright n'a pas non plus la personnalité pour être sous les projecteurs plus que les autres. Il est en décalage et passe de longues heures à jouer de ses synthés comme si il préparait un album solo. Il devient aussi plus fragile émotionnellement. Le succès le fatigue vite. Nick est le plus lucide, il observe souvent avec ironie, mais sans vraiment contrer la dynamique. Les gars ont un succès qui leur ouvre des portes.

Le jeune Alan Parsons restera frustré de voir que le succès de The Dark Side of the Moon envoie souvent Chris Thomas au micro pour prendre le crédit de choses que lui, a créé. Mais Thomas a plus d'expérience. Il a travaillé sur des albums récents. Queleques fois avec Procol Harum, deux fois avec Roxy Music. Avec John Cale et Badfinger. Et bien entendu les Beatles, où il était le "supérieur" de Parsons.  

Le malaise commun des membres de Pink Floyd deviendra créatif. Le prochain album sera beaucoup plus amer. On avertissait des vices et on y étaient aspirés. On était pas un groupe moralisateur extérieur au problème. On s'analyse en direct pendant qu'on se fissure. La demande, les attentes et les tournées épuisent. Waters composera de plus en plus vite. Gilmour prend une éternité pour ses morceaux. Waters compose une satire violente de l'industrie musicale. Un blues. Il écrit aussi une description exacte de ce qu'ils vivent. Sur le point d'être broyés par la machine

Être avalés, formatés, transformés en produits, par d'autres. 

On ne veut que ses propres influences, pas de la peinture à numéro. Voilà pourquoi depuis la première fois depuis longtemps, on offre plus blues sur deux morceaux. Le blues est toujours issu de la douleur. 

On est soudainement sur le côté sombre de la lune.

Peut-on revenir simplement parmi les étoiles ?

Chose certaine, avec le succès qu'on vient d'avoir avec le 8e album studio, la maison de disque met de la pression, mais les laisse cuisiner ce qu'ils veulent en studio. Ils avaient produits leur chef d'oeuvre lunaire, on les laissera produire le 9e album tous seuls. 

Waters & Gilmour composent ensemble un tendre morceau pour leur ami Syd. Mentalement à la dérive.

Finalement, on choisit de prendre ce que Wright composait de son côté pour décompresser, et David y met aussi du sien sur les 5 premiers mouvements. On jame de longs 20 minutes sur le morceau. C'est la dernière chanson qu'on applique à ce qu'on prépare. 

Mais le 5 juin, 1975, on mixe ce morceau quand soudain, dans le cadre de porte du studio...

Un ?...

 Un fantôme ?...    

 Qui est cet égaré ?

Oh! un probable employé de studio...

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