Le Battement de Coeur Magique

20 janvier 1972. Je suis supposé naitre le lendemain. Mais premier bébé de la familia, le chemin n'est pas tracé. Et contrairement au paternel, j'aime faire les choses lentement, et bien. je sortirai de ma maman 15 jours complets plus tard. Mais ce 20 janvier, dans le noir du Dome de Brighton, un coeur bat pour que tout le monde l'entende. Hypnotique pulsation. Les 6 chansons qui suivront seront inconnues encore du public. Elles comprennent The Mortality Sequence qui ne comprend pas encore de choriste féminine et qui sera rebaptisée The Great Gig in the Sky

Pink Floyd sera en tournée toute l'année. Pratiquant leur bijou sonore à venir. On rajoutera au fur et à mesure 4 autres morceaux, dont Scat, morceaux instrumental signé Wright, Gilmour et Mason, rare trio de composition, plus tard rebaptisée d'une phrase que Roger Waters a entendu d'amis du passé, qu'il dit avoir raté leurs vies, en vendant des costumes tous de la même couleur, de porte-à-porte, en disant quand même, "Chose them any colour you like !" alors qu'il n'y avait qu'une seule couleur disponible. Métaphore qu'il voudra appliquer à son concept. Choisissez ce que vous voulez, mais choisissez ceci. Même le morceau n'a pas de paroles, Waters sait à quoi ça fait référence, et pour Roger, ça suffit souvent. 

 

Alan Parsons, à 20 ans, était ingénieur du son pour l'album Abbey Road des Beatles et Let It Be. Rien de moins. Ça l'a ensuite fait travailler les deux premiers albums de Paul McCartney et ses Wings. Parsons mérite une chronique à lui seul. En 1970, il travaille pour la première fois comme assistant aux bandes maitresses sur Atom Heart Mother. Une expérience que les Floyd n'ont pas adoré. Mais Parsons n'en était pas la raison. À 21 ans, on en attends pas tant de toi. Parsons est aussi très bon. Il passera tout 1972 avec les sons de l'album noir au triangle arc-en-ciel. Pour au final, se faire chiper la production par le mixeur Chris Thomas. Avec lequel, il n'était pas d'accord sur tous les choix. Parsons est primordial car il vient de travailler avec toute une série de sons qui ne sont pas de la musique. Une banque de sons, comme les cloches, les horloges, un battement de coeur, une caisse enregistreuse, des bruits d'avions. C'est aussi Parsons qui recrute l'excellente choriste Clare Torry. 

On demande à Torry en studio de chanter quelque chose qu'elle improviserait. Au premier essai, elle chante les mots qui lui viennent à l'esprit, baby, oh honey, come to me, again and again et des choses du genre. Les gars l'arrêtent. Lui demandent de chanter, mais sans paroles claires. Elle improvise quelque chose en une prise. On dit platement. "O.K., merci". Avec un tel manque d'enthousiasme, qu'elle accepte son 30 livres sterling pour sa présence en studio et reste convaincue que ça ne fera pas l'album. 

C'est un chef d'oeuvre vocal. Elle le découvrira en achetant l'album elle-même. Doris Troy, Lesley Duncan, Liza Strikes et Eliza Janet Thompson sont celles qu'on entend sur les chansons de Roger Waters, mais sur celle de Rick Wright qui clôt la première face du 8e album, c'est Clare Torry qui porte la chanson à bout de voix. Pendant 30 ans, elle n'aura eu que 30 Livres sterling pour sa performance. 1L par année. Mais elle les poursuit sous prétexte qu'elle a composé tout l'air qu'elle chante. Ce qui est secondé par l'équipe de travail. Pink Floyd lui donne en 2003, un crédit de co-auteure. Sur lequel elle fait de beaux sous depuis. 

En novembre 1971, Waters est dans la cuisine de Nick Mason et il dit à tout le monde, car les 4 y sont et jouent depuis un temps leurs 6 chansons sous le nom de The Dark Side of The Moon: A Piece of Assorted Lunatics, qu'il pense avoir trouvé un filon les liant. Un concept. Ils sont entre spectacles, de retour des États-Unis, à Camden, Angleterre. Les délais, les voyages, le travail, l'argent, le temps, le quotidien. L'aliénation de tout ça. Pour la première fois, c'est Roger Waters qui écrira toutes les paroles d'un album. Il reprend aussi le morceau de Rick Wright composé pour la séquence de violence dans le film d'Antonioni, Zabriskie Point, et la change un peu. Dirigeant Gilmour avec une belle grâce, dans les espaces qu'il place dans la livraison vocale. Waters ne fait pas confiance à sa propre voix. Il ne chantera que les deux derniers morceaux de l'album, dont les textes sont orientés vers Syd Barrett et sa part d'ombre mentale. Ce que Waters craint pour lui-même aussi. Si le groupe commence à jouer des chansons différentes, est une ligne qui fait directement référence à Barrett qui jouait n'importe quoi au pire des ses délires de drogues sur scène avec eux. Mentalement et physiquement déconnecté des réalités communes. 

Les deux chansons entrent l'une dans l'autre sans pause et seront souvent jouées ainsi, à la radio. Comme un seul morceau, en deux temps. Il est vrai que les deux morceaux sont composés dans des temps complètement différents, mais s'intriquent l'une dans l'autre à merveille. On fera alors la même chose avec toutes les chansons. Couper le silence entre les deux morceaux pour chaque chanson, ce qui ne fonctionnera pas complètement au début car les seuls supports 33 tours ou en cassette obligent une Face A et une Face B. Mais quand le CD se met à existe fin des années 80, début des années 90, on coupe le silence entre The Great Gig in the Sky et Money, respectivement ancienne dernière chanson de la Face A et première de la face B. 

Nick Mason effectue un collage sonore en ouverture, suggérant la naissance. Gilmour invite à respirer tout de suite après. ce motif, musical et lyrique revient au cours du 42 minutes, on file au synthés avec un certain stress, Mason ouvre aux percussions après des bruits de cloches et un morceau coup de poing nous parle du temps qui joue parfois contre nous. Clare Torry brille à la voix sur un morceau de piano de Rick Wright, on a enfin un premier single qui jouait à la radio sur les bons et mauvais côtés d'avoir de l'argent, on redevient plus existentiel en se questionnant sur eux et nous, on repart dans un zizag de synthés avant de se fondre dans l'aliénation mentale et s'éclipsant, se promettant rendez-vous sur la part sombre de la lune. 

Séquençage parfait.   

On sent qu'on tient quelque chose de fort bien. Rick Wright demandera à Hipgnosis de ne pas choisir une photo cette fois, mais un design si possible, pour la pochette. Nick Mason, qui a fait ses études en architecture, ne peut que seconder. Strom Thorgerson leur prépare pas moins de 10 choix de pochettes qu'il leur cache et les invite séparément à venir voir les uns après les autre, s'assurant qu'ils ne se consultent pas sur le choix. Les 4 choisiront la même pochette. Même que Waters, en voyant la pochette au final choisie, est si convaincu que c'est la bonne, qu'il refuse de voir les autres. Les 4 avaient choisi la même. On ne pouvait pas faire plus consensus. 

Comme les Beatles l'ont appris à tous, en studio on tricote longtemps à arranger chaque morceau de manière archi méticuleuse, du matériel qu'on a joué sur scène tout 1972. On repratiquait tout ça dans le nouveau studio mobile des Rolling Stones. On offrira de la musique concrète. On fait appel à des choristes pour une rare fois sur plusieurs morceaux. Le saxophone fait aussi son entrée par Dick Parry sur les deux singles. Lancés respectivement en mai et le jour de mes 2 ans, en 1974. 

Comme les radios n'ont jamais compté sur des singles de Pink Floyd, l'urgence n'y était pas. 

Entre mai 1972 et février 1973, on enregistre tout ça, et on signera pour la première fois, la production du nom de Pink Floyd. Le 1er mars 1973, leur 8e album est lancé, mais les singles sont lancés respectivement, deux mois après, et 9 mois après.

EXTRAORDINAIREMENT, partout dans le monde, beaucoup il vendra.

Plus jamais on ne questionnera les contrats.          

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