Symphonie Pour une Vache en Mi Mineur

À la porte des années 70, Pink Floyd n'est pas populaire. N'est pas impopulaire non plus. EMI perd les Beatles qui se lancent avec leur maison de production Apple. Ce qui attire l'attention, depuis Strawberry Fields Forever et Penny Lane, en 1967, ce sont les créations musicales avec parfum de musique classique ou avec des sections de cuivres, de la trompette. Ian Anderson épate avec sa flûte. Deep Purple a un orgue. Procol Harum a un hit qui s'inspire de Jean-Sebastien Bach aussi initié par l'orgue. EMI voit en Pink Floyd un band teinté de tout ça. Ils ont composé près de 50% de leur matériel passé dans un psychédélisme intéressant et 50% de leur matériel passé pour le cinéma

Ron Geesin est un ami écossais de Nick Mason. Il est compositeur et arrangeur. C'est par Nick que Geesin se joint à Roger Waters, pour un morceau d'Ummagumma. Waters l'aime bien. Et vice-versa. Mais ça tournera au vinaigre. Waters travaille avec Gessin sur la trame sonore du film documentaire The Body, de Roy Battersby. Sur un des morceaux, sans en être crédité, Gilmour, Mason et Wright y seront aussi. L'utilisation des choristes, une première, restera en tête. Geesin fait impression. C'est d'abord son projet. Ils sont les invités. Quand on entre en studio, pour le prochain effort, car oui, EMI leur donne les moyens d'un nouvel effort, la tendance en est aux "nerds" de la musique comme Elton John, Rick Emerson, Rick Wakeman, Steve Winwood,  Jeff Beck, Yes, Zappa; On mise sur la curiosité musicale. Les Moody Blues sont presque musique classique. The Who lance un opéra rock. Genesis et King Crimson ouvrent des voies progressives. Pink Floyd dans tout ça ? Trouveraient-ils leur place ? Les ventes ne suivent pas, mais le nom circule. Ils sont plus populaires "par réputation" que par succès à la radio. Ils sont aussi régulièrement en spectacle. Et feront 3 mini tournées aux États-Unis pendant la concoction de leur 5e album. Qui ne comprendra que 5 chansons, mais la chanson titre fera toute la Face A. 

On commence avec celle-ci qui n'est qu'instrumentale. La mise en oeuvre sera difficile. On appelle le morceau tour à tour Untitled Epic, Epic, et The Amazing Pudding. On finit par abandonner et enregistrer 3 autres morceaux à la place. Waters compose presqu'une auto analyse, la douce If. Il compose aussi, pour Marianne Faithfull, Incarceration of a Flower Child. Une chanson qu'il a écrite en pensant à Syd Barrett. Ce dernier a bossé sur son premier album solo, lancé le 2 janvier 1970. Et tous les gars de Pink Floyd finiront par aller l'aider avant que cet album ne sorte car il ne se débrouille pas bien, seul. Personne ne voudra être crédité et la mélancolie du Barrett qu'ils ont connu et l'ami qu'ils ne reconnaissent plus, les rongent tous. 

Rick Wright compose un morceau, un de ses plus beaux, avec des harmonies vocales très agréables, et des cuivres joués par 2 musiciens de session. Wright, dont un des albums préférés à vie est Surf's Up des Beach Boys, y glisse un petit effet d'arpèges dans les voix arrières. Ce morceau était prêt pour Ummagumma, mais Wright avait jugé avec justesse que le son ne s'appliquait pas au produit fini de l'album double. C'est le dernier morceau qu'on enregistre pour leur 5e album. Le second qu'on enregistre, c'est celui de Gilmour, sa seconde composition pour le band. Contrairement à Waters, par tempérament aussi, il prend beaucoup de temps avant de créer.. Waters est plus impulsif. David s'inspire du bucolique paysage de Cam River pour écrire son morceau. Y glisse des cloches qu'on entend au loin.

Le 3e morceau qu'on travaille, on le fait en gang. Cette expérience sonore aurait eu sa place sur Ummnagumma. C'est moins de la musique qu'un collage sonore qui suggère, oui, un homme prenant son déjeuner. Qu'on étiquette psychédélique. 

On part en mini tournée aux États-Unis quand on sent un passage à vide avec seulement 3 morceaux complets de faits. Et une longue expérience sonore qui ne pourra pas plaire à ceux qui voudraient un hit radio. L'envie de toutes les maisons de disques. 

Avant de partir en tournée on laisse le long morceau incomplet entamé entre les mains de Ron Geesin. Il le changera amplement. La restructure presqu'en entier. Pink Floyd s'est fait voler tous ses instruments en Nouvelle-Orléans, on est aux États-Unis, chez les bandits après tout, et on revient plus tôt que prévu en Angleterre. Wright passe du temps avec Geesin pour les choeurs et quelques motifs. Gilmour passe du temps aussi pour son apport à la guitare. Geesin, dans la chaleur de l'été 1970, en sous vêtements tellement il a chaud,  esquisse 6 mouvements dans le morceau. Le sens du rythme de la musique classique (style avec lequel Geesin est plus à l'aise) est très différent de celui du rock. Des timbales d'orchestre et des voix sont ajoutées. 3 trompettistes, 3 joueurs de trombones, 3 joueurs de cors anglais et un joueur de tuba deviennent hostile face à Geesin. Ils sont professionnels, jugent que Geesin ne l'est pas avec eux. On enregistre avec tension. Geesin sera satisfait du résultat final, les gars de Pink Floyd diront qu'on pouvait faire mieux. Mais EMI pousse pour une sortie d'album à l'automne.

Hipgnsosis propose trois idées de pochette après avoir eu la consigne qu'on voulait quelque chose de complètement détaché du monde de la musique. Quelque chose de parfaitement original. Storm Thorgerson propose au band trois pochettes. Une orangée montrant le haut d'un escalier, une lumière aiu plafond et au mur, et au bas de l'escalier, dans un cadre de porte, une jeune femme. La seconde proposition suggère, en couleurs, un homme en maillot de bain, en plein plongée dans une piscine surimposé sur une image d'hommes en noir et blanc, regardant en hauteur. Finalement, la dernière propose une vache se retournant vers la caméra, dans un champs vert sous un ciel bleu, sans nuages. 

C'est cette dernière proposition qui sera retenue. On aime Lulbelle III, le nom de cette vache. Et on en placera d'autres à l'arrière. Mais on a pas choisi le nom de l'album encore. Ni de la longue chanson qui serait la Face A au grand complet. Qu'on retravaillera jusqu'à la fin. Waters en restera le plus déçu. Hipgnosis recycle les deux autres propositions pour d'autres artistes à 10 ans d'intervalle. Pour The Asmoto Running Band du Principal Edwards Magic Theater en 1971, et pour le deuxième album de Def Leppard, en 1981

C'est en entendant parler de Constance Ladell, première britannique à subir une transplantation cardiaque, dans un article du journal titré Atom heart mother named: Constance Ladell, qu'on finit par retenir les trois premiers mots. 

Et non, ni le nom de Pink Floyd, ni le titre Atom Heart Mother ne seront de la pochette. Sinon derrière et sur le côté. On présente une oeuvre d'art. Le réalisateur de cinéma Stanley Kubrick, non seulement adore l'album, une fois lancé en octobre, mais adore aussi la pochette. Dans son film de 1971, A Clock Work Orange, demande a band d'utiliser une partie de cette pochette dans une de ses scènes. 

Pink Floyd ne joue pas à la radio. Mais attire l'attention de Michelangelo Antonioni, Stanley Kubrick, a des fans de prestige. EMI ne trouve pas le moyen d'en tirer un single. Mais peu importe, la vache vend quand même et dépasse le million, aux États-Unis. 

Steve Rourke se sent en terrain fertile de création. 

On sent qu'on entre dans une époque. 

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