Perceptions & Curiosités

Pink Floyd n'est ni tout à fait un groupe psychédélique underground, ni encore la machine conceptuelle et planétaire qu'il deviendra avec le temps. Cette année-là, Pink Floyd est encore en transition. En 1970, on est continuellement en tournée. On sera en France, au Royaume-Uni, puis au Canada et aux États-Unis. En Novembre, on revient en Europe et quand Atom Heart Mother est lancé, un mois avant, on se tape 70 spectacles, mais on ne fait pas de stades. Ce sont les arénas de Cincinnati ou de Baltimore. 

Comme le band ne joue pas vraiment à la radio, on les découvre par curiosité. Et EMI, conscient qu'ils sont davantage un nom qu'un son, tient à ce que les eaux bougent toujours, s'inquiète dès janvier 1971 quand les 4 gars arrivent en studio avec...rien. Pink Floyd a l'intention, et les moyens, de créer, en studio. Ils se sont pratiqués largement avec leurs nouveaux morceaux en tournée. Ils n'ont pas besoin de répéter, ils l'ont fait toute les tournées. Mais en studio, ils donnent l'impression de n'avoir rien. 

EMI comprend quand même qu'on aura pas un album pour l'été. On décide donc de lancer une compilation bizarre d'antiquités et de curiosités. C'est à dire un pont entre le matériel du passé et celui à venir. Pour tout ceux et celles qui ne connaissent que le nom de Pink Floyd et qui voudraient s'initier à leur style. On vendra, à prix réduit un album, au printemps, appelé Relics. Avec le sous titre (a bizarre collection of antiqutity & curios). L'album comprend 11 morceaux. Deux faces A de singles. 3 faces B, 2 extraits du premier album, 1 du second, 2 de la trame sonore du film More et un seul morceau pour lequel on entre en studio. Une sorte d'inédit.

Biding my Time était prête en 1969. Pendant le mix de Ummagumma. Mais si différente de ce qu'on offrait sur cet album double, sorte de carnaval de la Nouvelle-Orléans, que Roger Waters, qui en est l'auteur, achoisi de la remettre ailleurs. En fait le band l'inclus toujours, en tournée dans ce qu'il appelle The Man And His Journey, (un prélude au concept de The Dark Side of the Moon) où on inclus dans une sorte de pot-pourri, un lot de chansons du passé du band. La chanson s'appelle d'abord Afternoon, avant d'avoir ce titre, critique du 9 à 5 dans les bureaux. David Gilmour y travaille une guitare jazzée dans les hautes en ouverture avant de devenir plus rock vers la fin, Mason est lourd. Wright joue de son piano, mais aussi du trombone. Ce seul candidat pour un single ne sera pas lancé de cette compilation. On mise sur l'achat de l'album. Qui suit une compilation dans la série Masters of Rock. Et recoupe plusieurs morceaux de Relics

En mars 1971, au Québec, c'est la tempête du siècle. Deux mois plus tard, je suis le spermatozoïde qui vainc les autres au sein de ma mère, Arizona. J'aurais été conçu en mai, apparemment, en Floride. Bien plus tard, adolescent, je tirerai, ravi, de cet album Julia Dreams. Toujours un de mes morceaux préférés du band. 

PF est plus connu pour ses concerts que pour ses airs. On reste, musicalement, en territoire d'exploration perpétuel. Sur scène, on étire les morceaux. Chacun, ravi de son instrument. Le fantôme de Syd est toujours présent dans l'idée qu'on créé librement, de manière imprévisible et parfois de manière inconfortable. On joue avec les silences et les textures. Avec les volumes. On traverse des flux sonores. Leur musique devient une expérience aussi physique qu'émotionnelle. Pink Floyd, sans succès radio, est déjà perçu comme un groupe sérieux, presqu'austère. Loin de l'exubérance colorée psychédélique des années 60. Avec les années 70 arrivent une nouvelle ère. 

On salue l'ambition d'Atom Heart Mother. L'audace. Le croisé rock/musique classique, l'architecture qui en fait 20 minutes de chanson-titre. Pink Floyd comprend qu'il rejoint quelques fois par blocs narratifs. Pas seulement en morceaux de 3-4 minutes. 

Chacun affine son rôle. David Gilmour développe un doigté de guitare plus expressif, moins démonstratif que virtuose, basé sur la note suspendue et l'émotion. Richard Wright enrichit son son de nappes de claviers atmosphériques qui ne feront que prendre de l'ampleur pour les prochains albums. Il donne à sa musique un aspect cosmique et mélancolique. Nick Mason, un peu déçu du bris de relation entre son ami Ron Geesin et le reste du band,  reste batteur au service des ambiances et de la dynamique plutôt qu'au service de le technique. Roger Waters, encore discret comme chanteur, commence à s'imposer comme principal moteur conceptuel et de leadership. Il ne supporte plus Norman Smith qui ne travaillera plus pour eux, après Relics. Si Waters n'est pas satisfait d'Atom Heart Mother, c'est parce qu'il n'a pas signé les morceaux tant que ça. Il est aussi à la source de le brouille avec Geesin. Qui ne sera pas crédité sur l'album Atom Heart Mother. Waters reste existentiel et obsédé par la solitude, l'aliénation, la condition humaine. Toutes leurs expériences ont nourri leur écriture. Ça deviendra essentiel de rester cinématographique dans le décennie à venir. 

On a trouvé sa méthode. Patience, répétition, réflexion collective. Là où beaucoup cherche le single ou le succès rapide, on construit parfois lentement, progressivement, parfois au prix de l'accessibilité, mais parfois avec des morceaux épique qui se moque de la durée. L'honnêteté artistique est reconnue. On accepte l'échec partiel et on réussit à se forger sa crédibilité. 

C'est le groupe qu'a aimé Kubrick n'est-ce pas ? Et Antonioni les as choisi ? 

On range le psychédélisme dans la décennie d'avant et on fait synthèse entre émotion, concept et son. Pink Floyd est devenu laboratoire musical. Un groupe qui expérimentera. On sera introspectif. Hypnotique, Ambiant. Aérien. Glauque. On sera multi teintes. On parlera du monde extérieur autant que du monde extérieur. 

On est à la fois science-fiction et scientifiques. 

Pas surprenant que le prochain (formidable) album à venir aura en couverture, ce qui ressemble à ce qui serait zoomé d'un microscope. 

Il sera bleu blues, visuellement, mais spatial encore une fois. 

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