Perceptions & Curiosités
En mars 1971, au Québec, c'est la tempête du siècle. Deux mois plus tard, je suis le spermatozoïde qui vainc les autres au sein de ma mère, Arizona. J'aurais été conçu en mai, apparemment, en Floride. Bien plus tard, adolescent, je tirerai, ravi, de cet album Julia Dreams. Toujours un de mes morceaux préférés du band.
PF est plus connu pour ses concerts que pour ses airs. On reste, musicalement, en territoire d'exploration perpétuel. Sur scène, on étire les morceaux. Chacun, ravi de son instrument. Le fantôme de Syd est toujours présent dans l'idée qu'on créé librement, de manière imprévisible et parfois de manière inconfortable. On joue avec les silences et les textures. Avec les volumes. On traverse des flux sonores. Leur musique devient une expérience aussi physique qu'émotionnelle. Pink Floyd, sans succès radio, est déjà perçu comme un groupe sérieux, presqu'austère. Loin de l'exubérance colorée psychédélique des années 60. Avec les années 70 arrivent une nouvelle ère.On salue l'ambition d'Atom Heart Mother. L'audace. Le croisé rock/musique classique, l'architecture qui en fait 20 minutes de chanson-titre. Pink Floyd comprend qu'il rejoint quelques fois par blocs narratifs. Pas seulement en morceaux de 3-4 minutes.
Chacun affine son rôle. David Gilmour développe un doigté de guitare plus expressif, moins démonstratif que virtuose, basé sur la note suspendue et l'émotion. Richard Wright enrichit son son de nappes de claviers atmosphériques qui ne feront que prendre de l'ampleur pour les prochains albums. Il donne à sa musique un aspect cosmique et mélancolique. Nick Mason, un peu déçu du bris de relation entre son ami Ron Geesin et le reste du band, reste batteur au service des ambiances et de la dynamique plutôt qu'au service de le technique. Roger Waters, encore discret comme chanteur, commence à s'imposer comme principal moteur conceptuel et de leadership. Il ne supporte plus Norman Smith qui ne travaillera plus pour eux, après Relics. Si Waters n'est pas satisfait d'Atom Heart Mother, c'est parce qu'il n'a pas signé les morceaux tant que ça. Il est aussi à la source de le brouille avec Geesin. Qui ne sera pas crédité sur l'album Atom Heart Mother. Waters reste existentiel et obsédé par la solitude, l'aliénation, la condition humaine. Toutes leurs expériences ont nourri leur écriture. Ça deviendra essentiel de rester cinématographique dans le décennie à venir.On a trouvé sa méthode. Patience, répétition, réflexion collective. Là où beaucoup cherche le single ou le succès rapide, on construit parfois lentement, progressivement, parfois au prix de l'accessibilité, mais parfois avec des morceaux épique qui se moque de la durée. L'honnêteté artistique est reconnue. On accepte l'échec partiel et on réussit à se forger sa crédibilité.
C'est le groupe qu'a aimé Kubrick n'est-ce pas ? Et Antonioni les as choisi ?
On range le psychédélisme dans la décennie d'avant et on fait synthèse entre émotion, concept et son. Pink Floyd est devenu laboratoire musical. Un groupe qui expérimentera. On sera introspectif. Hypnotique, Ambiant. Aérien. Glauque. On sera multi teintes. On parlera du monde extérieur autant que du monde extérieur.
On est à la fois science-fiction et scientifiques.
Pas surprenant que le prochain (formidable) album à venir aura en couverture, ce qui ressemble à ce qui serait zoomé d'un microscope.
Il sera bleu blues, visuellement, mais spatial encore une fois.
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