L'Oreile Sous Marine

La paresse s'installe chez Roger, Rick, David et Nick.

Si on entre en studio dès janviers 1971, 4 mois après la sortie d'Atom Heart Mother, on y perd beaucoup son temps à essayer de remplacer les instruments par des articles de cuisines ou des objets bizarres. Inspiré par Alan's Psychedelic's Breakfast, le dernier morceau de leur 5e disque, on essaie de faire avant-gardiste. Mais on attient vite les limites. Et les nouveaux techniciens (Norman Smith n'a pas été réengagé) s'étonne de voir ce band commencer l'après-midi, terminer le lendemain matin, en créant pratiquement rien. C'est en tournée et sur scène, au Japon et en Australie, entre autre, qu'on jam ensemble en improvisant ce qu'ils appellent des "petits riens" ici et là. 

Ainsi, le morceau qui deviendra Echoes,  se nomme d'abord Nothings, puis, plus tard, Son of Nothings, et finalement, The Return of The Son of Nothings. On jamme longtemps et comme pour A Saucerful of Secret, chacun y met suffisamment du sien pour qu'on se sente plus uni que jamais. On travaille ce qui sera presque le premier vrai album de Pink Floyd. 

Les deux premiers albums gardaient l'empreinte de Syd Barrett. On avait travaillé deux trames sonores sur des films qui ne nous appartenaient pas. L'album double était composé par 4 artistes pas complètement ensemble, encore. Et Atom Heart Mother, on sentait qu'on l'avait échappé à Ron Geesin dès le premier morceau. La chanson titre charmait trop, et ils ne se sentaient pas pleinement auteurs de ce morceau. En tout cas pas autant que toute la Face B. Face B qui ne fera que 5 minutes de plus que la Face A. Et qui est composée de 3 morceaux de 3 des 4 membres, donc pas encore complètement ensemble.  Avant un exercice expérimental sonore composé/collé à 4. On ne sent pas que la sauce a complètement prise. 

Les ingénieurs de son John Leickie et Peter Brown travaillent Nothings, mais on trouve les capacités de EMI limitées et on transfèrera de studio. On ira au studio AIR, studio que vient de fonder George Martin, producteur des Beatles. Ils y travailleront alors aussi avec Rob Black et Roger Quested, Leicckie vient de travailler sur le triple album de George Harrison et sur Sentimental Journey de Ringo Starr. La connexion Beatles à nouveau. 

On a composé beaucoup en tournée et entre les spectacles, partout dans le monde, et pour The Sons of Nothings/The Return of the Son of Nothings/Echoes, on a monté architecturalement en son 5 mouvements distinct sur 23 minutes. L'intro propose "la goutte" de Rick Wright qui sera suivie d'une lente progression vers les deux premiers couplets, chantés doucement par David Gilmour. Un jam funk de Gilmour fait suite. Accompagné d'un groove de Rick à l'orgue et de Roger à la base On a un segment d'épouvante vers la 11e minute jusqu'à la 15ème. Un crescendo instrumental où la batterie de Mason y est magique, nous ramène ensuite à de nouveaux couplets jusqu'aux vers finaux où un empilement de notes à l'octave, les notes plus aiguës disparaissent et laissent les plus graves apparaître et ensuite boucler avec "la goutte" à nouveau. 

Echoes est un chef d'oeuvre sonore. Une hantise. Un fameux groove. Un flottement parfait. Une croquée progressive. Une cathédrale sonore. Un film. Une épopée. Un voyage. Un pur bijou. 

Dans la vingtaine, donc dans les jeunes années 90, je travaille à animer les jeunes (et moins jeunes) autistes pendant que les parents ont leur réunion mensuelle avec des professionnels de la santé à l'hôpital Ste-Justine, une fois par mois. Une de ces fois, c'est l'halloween. Moi qui avait porté une boucle d'oreille, dans les années 80, le trou de mon lobe avait eu le temps de se reboucher en 1992-1993. Mais pas complètement. On voyait encore un petit point. Je prends la drôle de décision hygiénique de refaire le trou avec une "pin" représentant une citrouille et pour amuser les jeunes. Le trou ne se rebouchera jamais par la suite. Avec ces jeunes, on a pensé un segment, "conte d'horreur" où chaque animateur/animatrice raconte une part effrayante de légende travaillée en équipe. La trame sonore que je place alors est la 11e minute 15 d'Echoes et ça a un effet monstre. Les plus vieux autistes s'en amusent, mais les plus jeunes nous en reparlent tant, une fois les lumières rallumées, qu'on sent qu'on les as peut-être un peu traumatisés. Étrange qu'un même morceau de musique puisse à la fois être si beau et si épeurant en même temps.   


  Mais après plusieurs semaines, on créé assez peu. Voilà pourquoi un morceau de 23 minutes, c'est pas si fâcheux. Ce sera un côté complet de disque. C'est 5 morceaux. Donc on a quand même la moitié d'un album et Pink Floyd choisit de voir la moitié du verre plein. On ne fera pas une croix complètement sur les expériences de bruits ou de voix parallèles, qu'on reprendra sur les albums suivants. On prendra un gros 9 mois pour créer ce 6e album studio. C'est peut-être pour ça qu'on livrera quelque chose de mieux défini et cohésif. 

Inspiré du jeu de Mah-Jong auquel jouent Roger Waters, Nick Mason et leurs femmes respectives, Judith et Lindy, dans le Sud de la France, Waters compose, un morceau assez doux où Gilmour y glisse sa slide guitar et en sera aussi co-auteur, La chanson sera introduite par un bruit de vent (qui sera aussi repris sur un album futur) à la fin du premier morceau du disque, un autre morceau instrumental. 

One of These Days est née à partir d'un riff à la base de David Gilmour qui avait passé une base dans un Binson Echorec. Technique que Syd Barrett avait déjà utilisée auparavant et qui sera aussi de service sur Echoes, On utilisera deux bases pour ce morceau, Waters et Gilmour. Nick Mason, est la seule voix qu'on entendra, disant One of these days I'm going to cut you in little pieces. Il s'agit d'un brillant morceau instrumental aussi progressif que dans l'air du temps, en 1971. La cible de la phrase de Mason est l'auteur d'Unchained Melody et The Man From Laramie devenu animateur de radio vedette et qui est très vocal CONTRE la nouvelle musique et les nouveaux artistes, enveloppé dans le confort de sa propre nostalgie des années 40-50.  

La chanson Fearless est aussi co-écrite par Waters et Gimour et comprend la foule des fans du club de soccer de Liverpool, au Anfield Kop chantant un passage de You'll Never Walk Alone de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II. Waters y joue la part de guitare acoustique. Les 4 gars de Pink Floyd sont des grands fans de soccer et y jouent souvent, pour se changer les idées, quand ils le peuvent, de jour, dans les stades, avant les spectacles, où entre ceux-ci. Waters écrit seul San Tropez, exactement là, à Saint-Tropez. Gilmour y insert sa slide guitar et Rick Wright file, à la fin, avec joli un solo de piano. 

Les deux morceaux de Waters sont comme des ballades d'ozone avec fond de bruits épars. Si bien que comme dernier morceau à l'album à venir, On improvise une sorte de blues en gardant le chien de Steve Marriott, Seamus, qui ne s'amuse pas avec la musique et le fera savoir toute la chanson. Bien que la chanson sera régulièrement votée par les fans comme "la pire" de Pink Floyd, ceux-ci reprendront le concept animal dans 5-6 ans. 

On est au Japon entre deux spectacles quand Storm Thorgerson d'Hypgnosis, à qui on a demandé de créer une pochette originale comme il en est capable, les appelle avec son idée de présenter sur la pochette... un anus de babouin.

Le band vote non. 

On répondra qu'on préférera une oreille sous l'eau qu'un anus de singe. Avec la suggestion d'une goutte, en ouverture et en fermeture d'Echoes, l'idée de l'eau, bleue, n'est pas folle. Et Thorgerson les prendra au mot et prendra en photo, une oreille sous l'eau, entendant des sons tel que suggéré par les quelques vagues. La photo sera de Bob Dowling. Thorgerson en restera déçu. Moi, je trouve au contraire qu'elle fait très bien écho (référence volontaire) au contenu. Suggérant eau, ciel bleu, deux symboles de libertés absolue. 

On travaille un autre morceau qu'on trouve incomplet et qui deviendra autre chose dans deux ans. On est fier du résultat final, pour une fois, et on voudra se donner une médaille pour avoir atteint l'échéance du matériel prêt pour l'automne. On choisira un jeu de mot avec médaille en appelant cet album Meddle. Lancé le 5 novembre 1971. On salue l'émergence de David Gilmour. On adore l'épique Echoes qui est parfois décrite comme un poème musical où le 23 minutes passe sans efforts d'endurance et où tout le monde brille sur son instrument. Un brillant travail d'équipe.

On trouve engageant, chaleureux, progressif, intelligent et convaincant. On se dit enfin que Pink Floyd n'est pas qu'un nom, mais qu'ils sont aussi un fort agréable son. Mélodique et exploratoire. 

Un océan sonore aux textures multiples. 

On commence une série d'excursions sonores qui fera tendre plus d'une oreille.

Hors de l'eau. Et aussi vaste que le ciel.

Sans réels nuages...

...jusqu'à maintenant.    

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