1968-1969, c'est une année charnière pour Pink Floyd. Vertigineuse même. On n'a pas eu tellement le temps d'être "le groupe après Syd Barrett". Et on ne le sera pas longtemps. La mue artistique, la transition prendra quelques douzes mois très occupés. On fera de la créativité brute à base d'expérimentation. On avait le capitaine Barrett pour diriger le navire, mais là, on l'a largué. On a un nouveau gérant. Steve O'Rourke. Et ce dernier n'a pas trop d'efforts à faire que le réalisateur Barbet Shroeder, en voie de compléter
son premier film, fan de ce qu'il connait de Pink Floyd, les approche pour qu'ils lui produise la trame sonore de ce premier film.
On a pas limogé Syd autant qu'il s'est effacé. Ça a un peu traumatisé
Roger, David,
Nick & Rick. Qui va écrire les chansons maintenant ? On ne cherchera pas un leader. On sera
laboratoire collectif. Toujours
expérimental,
cinématographique, improvisateur, abstrait, et David Gilmour vient ajouter
la part blues et
rock, rappel de
ce qui les unissait d'abord. On sera beaucoup sur scène. Même des morceaux de
More sont enregistrés sur scène. 2 faces sur 4 du prochain album seront aussi tirés d'enregistrements en spectacle. On improvise
des morceaux de 20 ou 30 minutes sur scène et apprend à s'écouter et
à jouer ensemble. On joue dans des universités, des clubs underground, des cinémas d'arts et d'essai. On croise musique contemporaine, avant-garde, ambiance de cinéma et
rock classique. Pour
More, de Shroeder, on est
au service des images. Une histoire de liberté, drogues, errance et autodestruction. Ils connaissent. C'est une commande mais aussi ce sera un premier "concept" tricoté ensemble. On découvre qu'on peut composer des chansons
courtes et efficaces. On peut aussi être brut, agressif, presque proto-metal. Wright s'assure qu'on peut rester ambient. Le minimalisme et les climats inquiétant restent à bord dans la potion sonore. On devient polyvalent.
Chaque membre, autant pour
More que pour le prochain album, composera seul, sans intervention des autres. Waters, le plus impulsif, sera dans les thèmes de la paranoïa,
le collage sonore, la menace latente, mais
souvent dans la douceur. Rick Wright, les plus tempéré, sera dans
l'épique et la musique quasi classique.
Nick Mason aux percussions, s'entend merveilleusement avec le nouveau gérant O'Rourke, un passionné des voitures comme lui. Mason offre de l'humour absurde qui n'est pas étranger aux Monty Python qui naissent aussi, ensemble, en 1969. Mason fait aussi, comme Waters, du bricolage sonore.
David est plus introspectif, plus folk, blues, acoustique et électrique, il aime étirer le son de ses cordes. Ce que les 4 pondrons pour l'album suivant est une explosion contrôlée. Incertains de ce qu'on offre, on en fera un album double avec comme deux premiers côtés,
4 morceaux en
spectacles. 3
connus, et
un nouveau composé à 4. Qui est un face B d'un
single qui ne fera pas mouche en décembre 1968.
Une première collaboration Waters/Gilmour seulement.
39 minutes 24 secondes en 4 morceaux en spectacle. Si on aime pas la suite, on pourra toujours se rabattre sur les deux premières faces du 33 tours, y a 3 morceaux qu'on connaissait et qu'on revisite en spectacle. Sur la Face 3. Rick Wright prend les 13 premières minutes pour une de ses créations en 5 parties. Waters nous fait entendre des oiseaux, des insectes, une atmosphère extra calme, presque hypnotique avec une douce ballade folk contemplative comme l'est
le Granchetser Meadows, endroit pastoral et rural d'Angleterre, avant de nous faire changer complètement de planète par un délire expérimental.. La Face 3 ne se termine pas par une chanson autant que par un montage sonore a la
Revolution #9 des Beatles lancé le 22 novembre 1968. Aussi audacieux qu'insupportable.
La Face 4 appartient d'abord à un morceau de David Gilmour, en 3 parties. Il joue tous les instruments de son morceau d'abord atmosphérique presqu'ambient avant l'heure, puis composé de riffs répétitifs un peu sombres et finalement avec une 3e partie chantée un peu plus classique dans sa structure. Mais encore brumeux et très anglais. Nick compose le dernier morceau qui est presque musique rituelle, passant de percussions, gong, flûtes (jouées par son épouse alors), de la pure folie rythmique, presque tribale, avant un retour au calme, avec des sons suspendus.
C'est presque du free-jazz et très certainement de la musique d'avant-garde. Nichée.
Et une niche, c'est pas un palais. C'est petit et caché dans la cour arrière. EMI ne fera beaucoup de promotion autour de cet album double, ne sachant pas trop qui voudrait acheter ceci. Mais le choix de commencer par 4 morceaux en spectacle sauve la mise pour les critiques. Et on est curieux du nouveau membre qu'on place en couverture de pochette, une mise en abyme visuelle qui présente toujours la même scène mais faisant faire la rotation aux 4 membres, placés de manière décalés sur chacune des photos. C'est une métaphore parfaite de l'album. Scindé d'abord en deux par deux fois 2 faces de 33 tours, mais à nouveau "collectif" tout en restant des morceaux écrits par un seul membre chaque fois sur les 4 derniers morceaux. C'est la maison de Storm Throgerson, en Angleterre, d'Hypgnosis qui pense le concept de la pochette. Ça annonce le côté fragmenté et expérimental de cet album de transition sans Syd.
"
Ummagumma" voulait dire "Baiser" entre amis autour de Pink Floyd. "
I'm going home to ummagumma".
C'est un exercice dont on restera si déçu que Norman Smith aura de nouveaux rôles sur les prochains albums. Avec le temps, on dire même que c'était un désastre et qu'on aurait dû simplement lancer un album en spectacle. Pour se donner le temps de respirer post Syd.
L'album n'aura aucun single pour les radios et ne sera jamais dans les palmarès de manière importantes. Même qu'avec le temps, on révisera à la baisse le réécoute de cet album double.
Il faut redressser la barre.
Les eaux sont tumultueuses. EMI laisserait bien tomber Pink Floyd, mais il y a Michelangelo Antonioni qui s'intéresse aussi à eux. Ils les veut pour la trame sonore de son film en cour,
Zabriskie Point. Travailler pour le cinéma, ça leur sauve la peau.
On ira en Italie. Où l'inspiration fera de la magie. On ne se décourage pas. Après avoir écrit seuls, réalisés que c'était une erreur, on joue beaucoup ensemble. Longtemps. On crée des liens. On épice ses nouvelles recettes.
O'Rourke croit en eux. Leur en donnera les moyens.
Les années 70 s'en viennent et Pink Floyd en fera sonner les caisses.
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